La semaine des banques centrales

Dec 15, 2021
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A l’approche de la fin de l’année et alors que les volumes vont graduellement se tarir, le...


A l’approche de la fin de l’année et alors que les volumes vont graduellement se tarir, le marché est entré dans la super-semaine des banques centrales. Sur fond d’inflation galopante c’est une vingtaine de banques centrales qui tiendront leur réunion de politique monétaire ces jours-ci. Avec la Fed aujourd’hui, la Banque Centrale Européenne, la Banque d’Angleterre, la BNS et la Banque de Norvège demain, la Banque du Japon et la Banque de Russie vendredi, les prochains jours seront intenses. Les divergences des politiques monétaires promettent d’être marquées. La première à entrer en scène sera donc la banque centrale américaine. Le marché table sur un durcissement de la Fed, qui pourrait accélérer la réduction des achats d’actifs financiers ce qui ouvrirait la voie à une première hausse de taux dans le courant du premier semestre 2022. L’inflation américaine a connu en novembre sa plus forte progression depuis 1982 générée par une forte demande des consommateurs et par des problèmes d’approvisionnement. Très attendue par les investisseurs, cette statistique même record s’est révélée conforme aux attentes en sortant en hausse de 6.8 % sur base annuelle. Plus tôt dans le mois, les statistiques de l’emploi se sont révélées mitigées mais globalement encourageantes quand même.  Certes, le mois dernier, 210’000 emplois ont été créés alors que le marché tablait sur 525’000 mais le taux de chômage a reculé de 4.6 % à 4.2 %. La ré-accélération de la croissance, une inflation qui bat des records et des chiffres de l’emploi robuste devrait donc déboucher sur des changements dans la gouvernance monétaire de la banque américaine.


La Banque d’Angleterre est, elle, dans une situation beaucoup plus difficile. Annoncée comme inéluctable et imminente par le Gouverneur Andrew Bailey, une première hausse de taux a été différée lors de la réunion d’octobre en raison de la remontée des cas d’infection. Ce weekend, le Premier ministre britannique Boris Johnson a qualifié de « phénoménale » la propagation du variant Omicron. Il représenterait près de 20 % des nouvelles infections dans le pays et serait la cause d’un décès qui pourrait être le premier recensé au monde. Boris Johnson n’a pas exclu que son gouvernement impose de nouvelles mesures sanitaires avant Noël ce qui inévitablement pèsera lourdement sur la décision de la banque centrale. La devise britannique se retrouve sous pression et évolue au plus bas de l’année face au billet vert et recule à nouveau même contre une monnaie unique affaiblie.


La situation est plus claire pour la BCE où les mesures de relance quantitative et des taux courts ancrés au plancher vont rester encore pour de nombreux mois. Mme Lagarde, entre autre, a affirmé à plusieurs reprises que les taux ne remonteraient pas dans la zone euro l’année prochaine. Tout au plus, la présidente de la BCE a déclaré que l’annonce de la fin de son programme d’urgence en mars 2022 pourrait être actée lors de cette réunion du 16 décembre. Mais cela n’est pas acquis car en cela la BCE risque de décider du retrait de son principal outil anti-pandémie au moment où la cinquième vague de contamination frappe le continent.


La Banque Nationale Suisse est attendue avec impatience. Non pas qu’elle pourrait modifier sa politique monétaire, mais son appréciation du renforcement du franc sera scrutée. Après avoir vivement défendu le niveau de 1.0700 contre l’Euro, elle semblait s’accommoder d’un franc plus fort laissant la parité glisser jusqu’à 1.0400. Mais la semaine passée, l’institut s’est montré particulièrement actif à nouveau. Une augmentation de 2.38 milliards de francs des réserves, la plus forte hausse depuis mai, laisse augurer d’une activité de nouveau soutenue.  Avec la dégradation des indicateurs avancés de l’activité économique en zone euro et une inflation bien supérieure à celle de la Suisse, l’attrait de la monnaie unique est fortement diminué et notre banque centrale devra se montrer particulièrement convaincante si elle ne souhaite pas voir la devise européenne s’approcher de la zone 1.0235-1.0255 qui est un point technique important. Cela représente un retracement de 50 % du mouvement de 0.85 à 1.20 vu entre mars 2015 et juin 2018 et semble agir comme un aimant sur la devise européenne.


La Banque Centrale de Russie devrait à nouveau procéder à un relèvement de son taux directeur. Récemment la Gouverneure Elvira Nabiullina a voulu se garder toute les options ouvertes en déclarant que la CBR envisagerait une hausse de 0 à 100 points en décembre. Mais à 8.4 %, l’inflation est désormais deux fois plus élevée que la cible. La semaine dernière, le sous-gouverneur Zabotkin a mentionné qu’une hausse du taux de 25 point est peu probable, ce qui laisse entendre que l’ajustement sera plus important et un relèvement de100 points pour porter le taux directeur à 8,50 %, au niveau de l’inflation, est désormais attendu. Par ailleurs la banque devrait maintenir un discours assez ferme laissant entrevoir de nouvelles hausses l’année prochaine.


La livre turque s’est retrouvée de nouveau dans la tourmente en ce début de semaine. La devise a fortement reculé lundi matin face au dollar, chutant jusqu’à 14,7590 livres turques pour un dollar après l’avertissement de S&P qui a désormais une perspective négative sur la note de crédit de la Turquie. Cette chute a conduit la Banque centrale turque à intervenir sur le marché des changes, ce qui a permis de ramener la parité à 13.66 livres. Mais le répit aura été de courte durée puisque la livre a repassé sur la barre des 14 hier et vaut ce matin 14.63 pour un dollar. La réunion de politique monétaire de la Banque Centrale de Turquie demain est très attendue. Et malgré la pression sur la devise, le marché s’attend à une nouvelle baisse de 1 % du taux directeur.